Nouvelles technologies et facteur humain : l'apport de la réalité virtuelle pour définir et partager une


Article paru dans le guide QSE 2007-2008


La réalité virtuelle est aujourd'hui couramment utilisée dans le monde du travail, pour des applications de formation, d'entraînement, d'aide à l'analyse.

Cette tendance s'explique par la baisse importante des coûts de développement informatiques (on travaille aujourd'hui à partir de logiciels "grand public" téléchargeables sur Internet), l'obtention possible de crédits impôt recherche, la possibilité d'exploiter les "produits" sur des ordinateurs de bureau.

 

L'apport de la réalité virtuelle en termes de « culture sécurité »:

 

Plusieurs projets de recherche et développement, en lien avec la prévention des accidents de travail, utilisent la réalité virtuelle, qui ouvre de nouveaux champs d'investigation sur la prise en compte du facteur humain parmi les causes d'accident.

En effet, un environnement de travail reconstitué virtuellement permet des mises en situation réalistes lors d'évènements accidentels ou à risques, avec des possibilités nouvelles :

- Travailler sur des situations dégradées, dangereuses et ''rares'', en allant jusqu'à simuler l'accident et ses conséquences,

- Définir et accompagner des jeux de rôle permettant de faire travailler des équipes sur des situations complexes où il y a des arbitrages à faire, pour un accès immédiat aux points critiques à travailler.

 

A la source du besoin, la quête de cultures sécurité partagées :

Le respect des obligations réglementaires, le recours systématique à l'analyse de risque en amont des décisions, la mise en place de systèmes de management en phase avec la stratégie, permettent d'augmenter le niveau de sécurité des systèmes sociotechniques à risque, mais ne suffisent pas à prévenir un certain nombre d'accidents en lien avec les comportements humains, individuel ou collectif.

En observant la mise en œuvre des actes de prévention - et des actes risqués - sur le terrain, il est facile de détecter des écarts d'appropriation et de mise en œuvre de la culture sécurité, parmi les acteurs concernés, et suivant les niveaux hiérarchiques. Un opérateur, un ingénieur sécurité et un directeur des ressources humaines, par exemple, ont des comportements qui sont la conséquence de leurs enjeux et objectifs primes, de leur culture, de leur connaissance des risques, qui sont en général dissemblables.

Afin d'obtenir une "enveloppe culturelle" commune pour une culture sécurité partagée, il faut songer à la place de la sécurité dans la stratégie de l'organisation. Jusqu'où est-on prêt à aller, par exemple, pour respecter le principe "pas de travail si on n'est pas sûr du niveau maximum de sécurité" ? Un tel principe, affiché dans bien des entreprises, est régulièrement mis à mal, par exemple lors d'opérations de maintenance sous-traitées à réaliser dans l'urgence, avec en corollaire des incompréhensions parmi les acteurs de terrain. La solution passe par la possibilité de construire, pour ces situations dégradées, ou pour des évènements rares, les schémas d'intervention les plus prudents.

Le recours à la réalité virtuelle, après un diagnostic des pratiques de terrain, et des systèmes de management censés les encadrer, facilite grandement cette démarche.

 

Identifier puis scénariser les risques pris lors du "travail réel"

Un diagnostic est d'abord mené par un binôme, constitué d'un expert en management des risques et d'un expert en facteur humain. Il porte sur la perception des risques par les acteurs, du dirigeant aux opérateurs de terrain. Ces derniers sont au cœur de l'analyse car ils vivent au quotidien les pratiques de "travail réel", que la réalité virtuelle va s'attacher à reproduire.

Ensuite, les lieux (l'atelier ou le magasin, par exemple) et les situations à risques qui méritent une "représentation" du travail réel (survenue de perturbations, d'incidents,...) sont définis. Les "règles du jeu" sont également clarifiées : quelles actions ou réactions attend on des opérateurs dans telle situation à risques ? Sur quels critères le formateur va-t-il apprécier la pertinence des réponses ?

L'environnement virtuel, une fois réalisé par un prestataire spécialisé, est testé et validé par l'organisation cliente, en collaboration avec l'équipe d'analyse des risques.

 

Cette approche novatrice de formation, pour la prise en compte du facteur humain en accidentologie, nous semble très prometteuse. En effet, dans le cadre d'un management transversal et participatif de la sécurité, elle offre la possibilité de visualiser véritablement, donc de corriger et d'améliorer, tant les pratiques de terrain à risques que leur prescription.

Patrick PIZA